Le licenciement en Suisse
En Suisse, ton employeur n’a pas besoin d’un motif particulier pour te licencier. Il doit respecter le délai de congé : 7 jours pendant l’essai, puis 1, 2 ou 3 mois selon ton ancienneté. Il ne peut pas le faire pendant certaines périodes de protection. Et si le congé est abusif, tu dois réagir par écrit avant la fin du préavis.
Par Aymeric MB, mis à jour le

L’essentiel en chiffres
- 7 joursde préavis pendant le temps d'essai
- 1 à 3 moisaprès l'essai, pour la fin d'un mois
- 180 jourspour agir en justice après la fin du contrat
- 6 moisde salaire, maximum pour un congé abusif
Le droit du travail suisse, pour un licenciement, c’est d’abord le Code des obligations, puis ta convention collective et ton contrat. Ce que je te donne ici, c’est la règle par défaut. Lis donc aussi ton contrat de travail.

« On peut être licencié du jour au lendemain. Bien sûr, pas pour tout et n'importe quoi, mais c'est facile de se libérer de quelqu'un s'il ne convient plus à l'entreprise. »
Fabien a raison sur le fond : c’est facile. Maël ajoute que ça peut aller très vite même après la période d’essai. Mais « du jour au lendemain » n’est vrai que dans un cas précis, le renvoi immédiat. Sinon, il y a un préavis, et tu restes payé.
Les délais de congé
| Ton ancienneté | Délai légal | Pour quand |
|---|---|---|
| Temps d’essai, 1 mois, ou jusqu’à 3 si c’est écrit | 7 jours | N’importe quel jour |
| 1re année | 1 mois | Fin d’un mois |
| 2e à 9e année | 2 mois | Fin d’un mois |
| Dès la 10e année | 3 mois | Fin d’un mois |
Un exemple du SECO : tu reçois ton congé le 15 octobre, en 3e année. Ton contrat finit au plus tôt le 31 décembre. C’est la réception qui compte, et une résiliation orale suffit, sauf si un écrit a été convenu.
Trois cas à part :
- CDD : il s’arrête à sa date, sans résiliation. S’il continue sans nouvel accord, il devient un CDI.
- Intérim : 2 jours les 3 premiers mois et 7 jours du 4e au 6e mois, pour un engagement à durée indéterminée (art. 19 LSE). Détail sur l’intérim.
- Pendant le préavis : ton employeur doit te laisser le temps de chercher un autre emploi (art. 329 CO), et tu peux demander ton certificat de travail à tout moment (art. 330a CO). Il compte beaucoup ici : lis références et certificats.
Les périodes où il ne peut pas te licencier
Ces protections valent après le temps d’essai (art. 336c CO).
| Ta situation | Durée de la protection |
|---|---|
| Maladie ou accident, 1re année | 30 jours |
| Maladie ou accident, 2e à 5e année | 90 jours |
| Maladie ou accident, dès la 6e année | 180 jours |
| Grossesse | Toute la grossesse, et 16 semaines après l’accouchement |
| Service militaire, civil ou protection civile | Le service, plus 4 semaines avant et après s’il dure plus de 11 jours |
| Congé de prise en charge (art. 329i CO) | Tant que dure le droit, 6 mois au plus |
Deux règles à retenir. Un congé donné pendant cette période est nul : l’employeur doit recommencer après. Et si tu tombes malade après avoir reçu ton congé, le délai s’arrête, puis reprend. Le SECO donne ce cas : terme au 30 novembre, incapacité du 21 au 28 novembre, le contrat court jusqu’au 31 décembre.
Le congé abusif
L’employeur est libre, mais pas de tout faire. L’article 336 CO cite notamment un congé donné :
- pour une raison liée à ta personnalité, sans lien avec le travail ;
- parce que tu exerces un droit constitutionnel ;
- parce que tu réclames de bonne foi ce que le contrat te doit ;
- pour t’empêcher d’obtenir un droit issu du contrat ;
- parce que tu fais un service obligatoire ;
- à cause de ton appartenance à un syndicat, ou de ton activité syndicale conforme au droit.
Le licenciement collectif a ses règles : par exemple au moins 10 congés en 30 jours pour des motifs non liés à ta personne, dans un établissement de 21 à 99 salariés (art. 335d CO). Sans consultation des salariés, le congé est abusif, et l’indemnité est limitée à 2 mois de salaire.
Si tu penses être dans un cas abusif, l’ordre compte.
- Demande le motif par écrit (art. 335 CO).
- Fais opposition par écrit avant la fin du délai de congé (art. 336b CO). Envoie-la en recommandé, c’est ta preuve.
- Essaie de t’entendre avec ton employeur, si c’est possible.
- Agis en justice dans les 180 jours après la fin du contrat. Passé ce délai, c’est perdu.
L’indemnité est fixée par le juge, jusqu’à 6 mois de salaire (art. 336a CO). Ce que le Code prévoit ici, c’est de l’argent, pas ton retour dans l’entreprise. La loi sur l’égalité a sa propre règle, avec une annulation possible du congé dans certains cas. Il n’y a pas de frais judiciaires si le litige ne dépasse pas 30 000 francs (art. 113 et 114 CPC). Je ne suis pas avocat, et seul le juge tranche : fais-toi conseiller par un service juridique avant d’attaquer.
Le renvoi immédiat
C’est le seul vrai « du jour au lendemain ». Il faut de justes motifs : des faits qui ne permettent plus, de bonne foi, de continuer ensemble (art. 337 CO). Une maladie sans faute de ta part n’en est jamais un.
S’il n’y avait pas de justes motifs, tu as droit à ce que tu aurais gagné jusqu’à la fin du préavis, et le juge peut ajouter jusqu’à 6 mois de salaire (art. 337c CO). Attention dans l’autre sens : si c’est toi qui abandonnes ton poste sans justes motifs, ton employeur a droit à un quart de ton salaire mensuel (art. 337d CO).
Ce que ça change pour le chômage
Dès le congé reçu, tu peux t’inscrire à l’office régional de placement, et au plus tard le premier jour où tu demandes une indemnité. Cherche déjà du travail pendant ton préavis, et garde les preuves : c’est ce que dit le SECO.
| Ta situation | L’effet sur tes indemnités |
|---|---|
| Licencié sans faute de ta part | Droit normal si tu remplis les conditions, après le délai d’attente |
| Licencié par ta faute | Suspension de 1 à 60 jours selon la gravité |
| Démission sans nouvel emploi, sans motif valable | Faute grave : 31 à 60 jours de suspension |
| Préavis non respecté | Pas d’indemnité pour les jours où ton employeur te doit le salaire. En cas de sérieux doute, la caisse paie, puis se retourne contre lui |
| Tu renonces à ce que ton employeur te doit | Suspension possible, si c’est au détriment de l’assurance |
Tu es frontalier ? C’est une autre mécanique pour le chômage : tout est sur le chômage du frontalier. Raphaël, lui, nuance la peur : dans son métier, ceux qui partent le sentent venir et ont le temps de remonter leurs chiffres. Le meilleur filet, ça reste un dossier prêt à repartir : CV, certificats et un peu d’argent de côté.
Ce qu’ils en disent
Parcours

Fabien, 33 ans
Coach sportif · Genève
Parcours

Maël, 24 ans
Chauffeur d’hôtel · canton de Vaud
1 400 €3 900 € netParcours

Raphaël, 36 ans
Conseiller en assurance maladie · Lausanne
Les questions qu’on me pose
On peut me licencier sans raison en Suisse ?
Oui, la liberté de résilier est la règle. Mais tu peux exiger le motif par écrit (art. 335 CO), et certains motifs rendent le congé abusif (art. 336 CO). Le congé abusif donne droit à une indemnité.
Licencié en 3 jours, c’est possible ?
Pendant le temps d’essai, le délai légal est de 7 jours, et un accord écrit peut le changer. En location de services, la loi prévoit 2 jours pendant les 3 premiers mois d’un engagement à durée indéterminée. Après l’essai, seule une convention collective peut descendre sous un mois, et seulement la 1re année. Sinon, seul un renvoi pour justes motifs va aussi vite (art. 337 CO).
On peut me licencier pendant un arrêt maladie ?
Pas pendant la période de protection, si l’arrêt n’est pas dû à ta faute et que l’essai est terminé : 30, 90 ou 180 jours selon ton ancienneté. Une fois cette période écoulée, le congé redevient possible, même si tu es encore malade.
Il y a une indemnité de licenciement en Suisse ?
Pas de façon générale. La loi en prévoit une à partir de 50 ans et 20 ans de service, entre 2 et 8 mois de salaire (art. 339b et 339c CO). Ton contrat, ta convention collective ou un plan social peuvent prévoir autre chose. Tu gardes ton salaire pendant le préavis.
Combien de temps pour contester ?
Opposition écrite au plus tard à la fin du délai de congé, puis action en justice dans les 180 jours après la fin du contrat. Rate la première étape, et la demande d’indemnité pour congé abusif tombe.
Si je démissionne, je touche le chômage ?
Tu peux être suspendu. Quitter un emploi convenable sans motif valable et sans être assuré d’en avoir un autre compte comme une faute grave : 31 à 60 jours de suspension. Comme résident européen, ça peut aussi toucher ton droit de rester.
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Mes sources
Les règles bougent. Vérifie toujours auprès de ces sources.
- Code des obligations, art. 329, 330a, 335 à 337d, 339b et 339c (état au 1er octobre 2026)
- SECO : FAQ sur la résiliation du contrat
- SECO : brochure Être au chômage, édition 2026
- LACI : loi sur l’assurance-chômage, art. 11, 17, 29 et 30 (état au 1er janvier 2026)
- OACI : ordonnance sur l’assurance-chômage, art. 26 et 45 (état au 1er janvier 2026)
- CPC : code de procédure civile, art. 113, 114 et 243 (état au 1er juillet 2026)
- LSE : location de services, art. 19 (état au 1er janvier 2026)
- SEM : directives OLCP, version 1/2026, perte d’emploi et droit au séjour